Communiqué de presse - HIC
HIC est une exposition de recherche. HIC expose la recherche menée deux ans durant par un collectif appelé La Forme des Idées sur le thème "Des localisations". Ce collectif rassemble des gens de la Villa Arson et des écoles des beaux arts de Lyon et de Montpellier : des étudiants, des anciens étudiants, des professeurs et des personnalités extérieures associées au projet. L’exposition s’appelle HIC parce que HIC veut dire ICI en latin (on connaît surtout en français l’expression « hic et nunc » pour signifier "ici et maintenant") et renvoie donc à la localisation, objet de ces deux années de recherche ; HIC pourrait aussi bien suggérer qu’il y a un problème (un hic) quant à ce que veut dire "ici", et c’est heureux, car sans problème pas de recherche. C’est ce hic que l’exposition veut désormais partager, exposant une recherche, mais faisant aussi de l’exposition un moment de cette recherche. Avec ce qu’il faut d’ivresse, sans toutefois les hoquets afférents. "Des localisations" s’entend comme "délocalisation", bien sûr, à une époque où la mondialisation signifie aussi le départ de maintes entreprises sous des cieux plus cléments en matière d’exploitation de l’homme ; mais ce pluriel et cet indéfini veulent d’abord indiquer que nos manières de nous localiser et de localiser les choses ont changé à ce point que l’on ne saurait plus guère parler d’une technique de localisation unique non plus que d’une situation simple du local par rapport au global. En vérité, nous nous situons aujourd’hui grâce à des outils mentaux (des représentations de l’ici par rapport au là-bas, des techniques de spatialisation, des imaginaires de l’espace) très différents de ceux que nous employions avant le numérique, les satellites ou internet. HIC voudrait rendre compte de la portée d’un tel devenir de la localisation, avec les ruptures qu’il implique et l’indéfinition où il se pluralise. Outre que la notion de localisation s’inscrit naturellement dans un registre technologique (songeons à la popularité du GPS), elle peut aussi valoir dans la géométrie de même que pour diverses sciences humaines ; mais le pari de la Forme des Idées est de faire se croiser ces problématiques du point de vue philosophique avec la pratique artistique ; non pas dans la perspective de quelque application (où les artistes auraient à illustrer des idées formées par des philosophes), pas plus qu’en direction du commentaire (où des philosophes devraient interpréter des œuvres artistiques déjà constituées) : bien plutôt dans une collaboration au sein de laquelle ni les formes ni les idées n’appartiennent de droit à un camp ou à un autre, mais s’échangent au contraire et se métamorphosent au gré des séminaires et des workshops réunissant artistes et théoriciens, étudiants et professionnels. Dès le début de la recherche, La Forme des Idées s’est divisée en quatre groupes distincts ayant chacun leurs objectifs et leur façon propres d’aborder les choses : HORLA, NEXUS, SPATIUM et GYPSY.
HORLA (dirigé par Joseph Mouton et animé par Julien Bouillon et Amel Nafti) s’est surtout intéressé à ce que pouvait signifier aujourd’hui une dimension supplémentaire à l’espace donné (un hors du là, soit un "horla" pour reprendre le nom d’une nouvelle de Maupassant qui relate les manifestations fantastiques d’un être présent/absent dans la demeure du narrateur). À partir de la question "où sont les morts ?", se sont ainsi déployées plusieurs figures allant de la bibliothèque virtuelle au cimetière littéraire en passant par la carte des génocides ou celle de NULLARBOR sur les côtes australiennes ; un parallélipipède portant un nom propre sur une de ses deux surfaces les plus grandes et fermé mais ouvrable, telle est la description qui vaudrait pour une tombe autant que pour un livre, en effet, seuil l’une et l’autre de quelque dimension absente à l’espace physique.
NEXUS (dirigé par Patrice Maniglier, Grégory Niel, Lætitia Delafontaine et Gianni Gastaldi) s’est d’abord intéressé à la question des espaces connectifs, c’est-à-dire des espaces formés uniquement par la connexion des trajets de divers mobiles et/ou de divers sujets. Par exemple, Elephant, le film de Gus Van Sant, constitue en partie un tel espace connectif en ce que la caméra ne cesse de suivre tel ou tel personnage dans ses déplacements à l’intérieur du lycée tristement célèbre de Columbine aux Etats-Unis, et donne ainsi aux croisements (envisagés selon plusieurs points de vue) une valeur topologique autant que dramatique. Pour l’exposition toutefois, le groupe NEXUS a insisté sur la difficulté que nous aurions à nous repérer dans un espace qui tournerait chaque fois de quatre-vingt-dix degrés sur lui-même en construisant une architecture de quatre pièces communiquant entre elles et avec l’extérieur, dans laquelle des œuvres quadruples changent de place systématiquement : un cinéma subjectif immobile à expérimenter par un spectateur qui entre et qui sort ou ne sort pas.
SPATIUM (dirigé par Bastien Gallet avec la complicité de Christophe Hanna) a tout d’abord travaillé sur la relation d’un événement dramatique ou extraordinaire par le biais de divers récits à la première personne. Par exemple, comment les témoins, les acteurs, les commentateurs ou les autorités concernées racontent-ils la prise d’otages par "Human Bomb" d’une classe de maternelle à Neuilly et l’intervention finale des forces de police ? Quel espace y dessinent les souvenirs émotionnels ? Le groupe a privilégié deux moyens de retranscription : l’opéra et la sit-com. à mesure toutefois que ces deux formes s’élaboraient, s’éloignaient aussi leurs matériaux de départ, si bien que le groupe exposera surtout des traces et échos de l’événement pur, dénué de ses circonstances (bien plus que la mémoire d’un événement en particulier). D’un côté, la performance approche un lyrisme in situ, de l’autre la comédie cite ses décors de mémoire en abyme.
GYPSY (fomenté par Massimiliano Simbula) s’est inventé en rajoutant deux Y à l’acronyme GPS, pour inscrire des coordonnées peu fiables (sans X) et surtout pour pervertir la localisation policière en prenant le parti des nomades (des Roms). Il s’agit d’abord pour ce groupe de disparaître précisément des écrans-radars des autres groupes (on ne sait pas où ils sont) ; ensuite il est question pour eux de parasiter ou pirater le travail de leurs confrères en intervenant malignement au milieu de leur tranquille installation. Pour l’exposition, le groupe se propose par exemple de faire circuler des robots porte-caméra dans tout l’espace du Centre d’art, robots qui renvoient leurs images en temps réel vers un site de non-surveillance. Pareillement, les Gypsy boys disposent d’autocollants en quantité industrielle : de quoi marquer les murs et les cimaises des galeries, à moins qu’ils ne fassent avec du street art. Ici, on augmente en somme les pratiques du hacking en les dotant d’une instrumentation qui sorte de la Toile.
Pour une exposition classique, on dirait sans plus de précision que le commissaire général de HIC est Julien Bouillon ; mais comme il s’agit d’une exposition de recherche (et d’une recherche sur l’exposition), nous dirons plutôt que Julien Bouillon fait office de commissaire : il se contente de régir le campement de la recherche dans les espaces d’exposition.
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